Source : http://www.humanite.fr/tribunes/un-milliard-de-femmes-sont-victimes-de-violences-s-512551

 

Par Anne-Cécile Mailfert, Charlotte Soulary, Flora Geley, Julie Muret, Clémence Helfter, militantes d’Osez le féminisme !

Le 28 décembre dernier, une jeune femme décédait des suites d’un viol collectif perpétré par six hommes dans un bus à New Delhi. Ce crime a suscité une vague de protestation sans précédent dans la population indienne et à l’échelle internationale. Loin d’être un fait divers, il s’agit d’un phénomène de société révélateur de la persistance des violences infligées universellement aux femmes par les hommes. N’ayons pas peur des mots : le viol est un rouage essentiel de la domination masculine qui sévit aux quatre coins de la planète.

Violer une femme, c’est la nier, s’approprier son sexe et son corps, lui dénier la qualité de personne humaine d’égale dignité. Ce crime fait partie de ce que l’on appelle le continuum des violences faites aux femmes : des blagues sexistes jusqu’au meurtre, à la prostitution ou aux violences au travail. Ce continuum fait système et entretient un climat de terreur qui permet aux hommes de continuer à exercer une domination sur toutes les femmes – victimes ou non –, tant dans l’espace public que dans la sphère privée.

Dans le monde, plus d’un milliard de femmes sont victimes de violences sexuelles au cours de leur vie. En France, plus de 75 000 femmes adultes sont violées chaque année, et seule une femme sur dix porte plainte. Au-delà de ces chiffres, on observe également la même indulgence vis-à-vis des coupables, la même culpabilisation des victimes, la même banalisation des violences. En France, en 2012, l’indulgence du dit « verdict de Créteil » avait révolté la population. Le 27 décembre dernier, en Inde, une adolescente victime d’un viol collectif s’est suicidée, après qu’un policier a tenté de la convaincre de retirer sa plainte et d’épouser un de ses violeurs… L’ampleur de ce phénomène mondial nous montre que les violences faites aux femmes sont le bras armé d’une domination masculine qui ne connaît pas de frontières.

Aujourd’hui comme hier, ici comme ailleurs, la honte doit changer de camp ! Le combat contre la domination masculine doit devenir universel. La perspective de construire l’égalité entre les femmes et les hommes anime les féministes du monde entier et constitue le socle de l’engagement commun et solidaire qui nous rassemble par-delà les langues, cultures et frontières. Sensibiliser à l’égalité femmes-hommes, déconstruire le système patriarcal, former les professionnel-le-s, soutenir les victimes, lutter contre l’impunité : autant de politiques nécessaires et indissociables pour combattre efficacement les violences machistes dans tous les pays.

Vingt ans après la Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes, il est grand temps que l’ONU prenne des engagements concrets. Au-delà des déclarations d’intention et manifestations symboliques diverses, il est indispensable que les Nations unies s’engagent enfin par la mise en place de mesures contraignantes et par l’octroi des moyens nécessaires à l’éradication de ces violences. Les États membres doivent donner à ONU Femmes de réels moyens financiers. Créée en 2010 avec l’ambition de faire véritablement avancer l’égalité femmes-hommes, elle se révèle, deux ans plus tard, n’être qu’une coquille à moitié vide. Il est de la responsabilité de cette organisation de soutenir financièrement les associations féministes qui bataillent dans tous les pays et de porter haut et fort un discours politique qui réaffirme l’importance de la lutte contre les violences faites aux femmes comme enjeu politique et social majeur. Pour ces raisons, la France doit augmenter sa contribution financière à ONU Femmes. La Commission annuelle de l’ONU sur le statut des femmes qui se réunit en mars 2013 portera justement sur les violences faites aux femmes.

La lutte contre les violences machistes doit devenir une priorité en 2013. Tout le monde sait comment agir, reste maintenant à le faire, et vite ! Ne pas agir, c’est se rendre complices de ces crimes. La (mal)donne peut changer, elle doit changer, elle va changer !

Par Anne-Cécile Mailfert, Charlotte Soulary, Flora Geley, Julie Muret, Clémence Helfter, militantes d’Osez le féminisme !