13 novembre 2009
Bravo
Bravo au ministre des Expulsions !
Source : 26 I P O L I T I S I 5 novembre 2009
Auteur : OLIVIER LECOUR GRANDMAISON Historien. Enseignant à l’université d’Évry-Vald’Essone.
Coup de chapeau à un soldat vaillant et fidèle de la majorité présidentielle, veillant sans relâche à servir notre beau pays et à défendre ses concitoyens…
Bravo, monsieur le ministre des Expulsions, pour votre persévérance et votre courage. En effet, pour la première fois depuis de nombreuses années, vous êtes parvenu, avec la collaboration précieuse du gouvernement travailliste de Grande-Bretagne, à organiser le retour groupé d’Afghans en situation irrégulière. Délicate formule pour désigner leur expulsion vers un pays ravagé par l’intervention militaire étrangère et la guerre civile, et bel exemple de collaboration transfrontalière qui prouve qu’une certaine Europe continue, envers et contre tout, de se construire. Une telle initiative n’avait pas été prise depuis 2005, ce qui témoignait d’un laxisme coupable auquel vous avez, conformément aux souhaits du chef de l’État, voulu mettre un terme. C’est désormais chose faite et vous pourrez, à l’heure du bilan, vous enorgueillir d’avoir été, dans votre domaine de compétences, l’artisan zélé de la rupture inlassablement défendue par Nicolas Sarkozy, à qui vous devez votre irrésistible ascension.
Il y a quelques mois, vous n’étiez qu’un obscur secrétaire d’État à la Prospective, chargé d’évaluer l’action gouvernementale, et les portes du Conseil des ministres vous étaient fermées. Dure mise à l’épreuve, mais vous avez résisté. Sans doute fallait-il s’assurer de votre dévouement car vous veniez des cénacles du Parti socialiste, et votre ralliement soudain à l’UMP pouvait inquiéter quelques esprits chagrins. D’autant plus que, dans le cadre de vos anciennes fonctions, vous aviez commis un rapport implacable contre la politique de celui que vous servez aujourd’hui en dénonçant notamment « les effets dévastateurs » des « arrestations massives » d’étrangers et des détentions « à répétition de certaines personnes non reconductibles, y compris les enfants ». Avec lucidité, vous ajoutiez que ces orientations avaient pour objectif de « rassurer l’électorat de droite et d’extrême droite en prétendant lutter toujours et encore contre l’immigration ». Après votre conversion brutale, vos nouveaux amis exigeaient quelques gages. On les comprend.
Contre les sectaires, les suspicieux et les jaloux, vous avez su vous imposer comme un soldat vaillant et fidèle de la majorité présidentielle. Cet admirable parcours, réalisé en un temps record, méritait d’être récompensé. De là votre rapide nomination à la tête d’un grand ministère, qui n’a pas de précédent dans l’histoire de la République puisque vous devez veiller, comme votre prédécesseur, Brice Hortefeux, à l’Immigration, à l’Intégration, à la Défense de l’identité nationale, dangereusement mise à mal par qui vous savez, et au Développement solidaire. L’appellation est un peu abracadabrantesque, mais passons pour ne retenir que le vaste programme qu’elle recouvre. Sa réalisation impose d’agir en France et auprès de vos amis étrangers en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne, notamment, pour obtenir de tous ces démocrates sincères, attachés à la défense intransigeante des droits de l’homme et des réfugiés, qu’ils prennent des mesures efficaces contre l’émigrationde leurs ressortissants, sans oublier les allochtones présents sur leur propre territoire. Vous expulsez ; qu’ils emprisonnent et qu’ils expulsent eux aussi, et ils seront récompensés. Glorieuse et très républicaine coopération dont vous êtes désormais l’artisan.
La tâche est rude, mais ce n’est pas pour vous décourager. Bien au contraire, cela stimule vos ambitions, qui sont grandes pour « servir notre beau pays », bien sûr, « défendre nos concitoyens » et les lois de la République, car tels sont les nobles principes de votre action. Merci aux conseillers en communication chargés de la propagande gouvernementale qui ont forgé ces « éléments de langage » inlassablement répétés pour légitimer cette politique qui allie, dites-vous, « humanité et fermeté ». Dominique de Villepin, lorsqu’il était Premier ministre, usait déjà de cette formule, mais qu’importe puisqu’elle est supposée résumer les orientations équilibrées que vous mettez en oeuvre. Rappelons que la lettre de mission que vous avez reçue du chef de l’État et de son « collaborateur » à Matignon fixe, pour l’année 2009, le nombre d’expulsions à 27 000, soit 74 par jour, ce qui signifie que toutes les heures il vous faut procéder à 3 reconduites forcées. On imagine mal, sans doute, la somme d’efforts exigés par la réalisation de ces objectifs. Chapeau bas devant tant de prévention et d’humanisme réunis.
Bravo, enfin, car vous avez su tenir bon contre les habituels pétitionnaires emmenés par de nombreuses associations françaises et étrangères, auxquels se sont joints deux députés de votre majorité opposés au renvoi de ces Afghans dansleur pays d’origine. Vous avez bien appris les leçons de votre maître, qui, dans l’adversité, sait garder le cap sans céder aux chants des sirènes du renoncement. De même, vous êtes passé outre les arguties juridiques de la Cour européenne des droits de l’homme, qui, en novembre 2008 puis de nouveau le 6 octobre dernier, avait condamné de telles opérations. Magnifique défense de la souveraineté nationale ! Vive la France, son drapeau et sa «Marseillaise » ! Vous avez bien mérité de la patrie reconnaissante et, au Panthéon de la xénophobie d’État, une place de choix vous est d’ores et déjà réservée.
09 novembre 2009
A voir
Hier Mercredi 4 Novembre, a eu lieu la sortie nationale
du documentaire de Gilles Perret
"Walter, Retour en Résistance"
La liste des salles et des projections spéciales sur :www.walterretourenresistance.com
la Résistance la Résistance
"WALTER, RETOUR EN RÉSISTANCE" est un portrait sensible et éclairant de Walter Bassan, ancien résistant communiste, héros discret et rescapé des camps dont la colère s'est réveillée quand il a vu notre président et son gouvernement saboter sans vergogne tous les acquis que lui et ses camarades de droite comme de gauche du Conseil National de
Walter et ses camarades, John Berger et Stéphane Hessel, nous donnent une vision de leur engagement qu'il est nécessaire de transmettre si nous ne voulons pas que leurs combats tombent dans le domaine historique du formol!
Pour voir la bande annonce : ici
05 novembre 2009
Nimes. Sans-papiersDes Géorgiens renvoyés de force en Pologne
Quatre familles de Géorgiens (21 personnes) de la minorité yézid, parmi lesquels trois malades et sept enfants, ont été embarqués manu militari à Garons, dans un avion pour la Pologne, hier matin. L'appareil avait été affrété par le ministère de l'Intérieur et cette opération, organisée par la police des frontières, a mobilisé une bonne trentaine de policiers.
Ces demandeurs d'asile politique avaient été interpellés la veille, au lever du jour, dans un hôtel situé dans la banlieue de Dijon, en Côte-d'Or. Ils étaient en France depuis le début de l'année et les enfants, scolarisés à Dijon, étaient encore en vacances de Toussaint. Le département de Côte-d'Or n'ayant pas de centre de rétention administrative et celui de Lyon étant complet, ces quatre familles ont abouti à celui de Nîmes, dans la soirée de lundi, vers 20 heures. Trop tard pour saisir le juge des libertés sur les conditions d'interpellation, de transfert, la présence de malades et d'enfants normalement scolarisés, s'insurge José Lagorce, de la Cimade, service oecuménique d'entraide aux migrants. « Tout a été planifié pour se faire en cachette et nous empêcher d'intervenir car il était trop tard pour saisir le juge des libertés, surtout que l'avion devait décoller à 7 heures. Nous n'avons malheureusement rien pu faire. » Une « opération d'autant plus honteuse », affirme la Cimade, que les en fants, qui hurlaient de terreur, auraient été arrachés à leurs parents, hier matin, pour obliger ces derniers, qui s'y refusaient, à sortir des locaux d'hébergement du centre de rétention. L'émotion et la tension auraient été telles que des policiers, scandalisés, auraient carrément refusé de prêter main forte à leurs collègues. Ce que démentent les autorités .
A l'aéroport de Garons, où l'avion a finalement pu décoller peu avant 11 heures, des consignes de silence absolu avaient été données . « Les vols privés sont confidentiels », expliquait un employé, tandis que des policiers en civil, « au courant de rien », disaient être là pour une ... « réunion ». Même silence embarrassé du côté du centre de rétention administrative, où l'on refusait de répondre à Midi Libre .
15 octobre 2009
Tatiana de Rosnay rejoint les radiés de la Nation
Source : http://www.rue89.com/cabinet-de-lecture/2009/10/14/tatiana-de-rosnay-rejoint-les-radies-de-la-nation
Une administration tatillonne prive de passeport des Français de plein droit. Témoignage de la romancière Tatiana de Rosnay.
Il y a l'exemple de Marlene S., révélé par Marianne en juillet. Il y a l'exemple du para français Ounoussou Guissé, révélé lundi par Libération. Il y a des exemples de plus en plus nombreux. Comme celui Tatiana de Rosnay. Car, depuis que la famille Ionesco trouva refuge en France, l'absurde est aussi une valeur nationale.
La France, pays de Ionesco et d'Hortefeux
Pensez donc. Une « de ». Un père (Joël de Rosnay), scientifique de renommée mondiale et décoré de la Légion d'honneur. Un patronyme célèbre. Une naissance à Neuilly-sur-Seine. Une carrière de romancière et de reporter connue et primée, une vie tranquille à Paris avec époux et deux grands enfants. A priori, Tatiana de Rosnay n'a de problèmes ni dans la vie ni dans les papiers.
Mais l'absurde, c'est pour tout le monde. La loi, pareil. D'ailleurs, c'est la première chose que dit Tatiana de Rosnay :
« Ce qui m'arrive peut arriver à tout le monde. Mon cas touche de plus en plus de gens, sans que cela se sache. »
Tatiana de Rosnay est née en 1961. Son père est un Français né à l'île Maurice. Sa mère est une Anglaise née à Rome. Devenue Française lors du mariage en 1959, à Paris. Les deux grands-parents maternels sont Anglais. Le grand-père paternel est un Français lui aussi né à Maurice, la grand-mère maternelle est une Russe devenue elle aussi Française par mariage.
Du principe de réalité…
Tout a commencé fin septembre, lorsqu'elle se rend à la mairie du XIVe arrondissement, pour renouveler son passeport afin de partir aux Etats-Unis. Et assister au tournage du film tiré de son roman « Elle s'appelait Sarah », où joue entre autre Kirstin Scott Thomas.
Elle se alors voit répondre qu'il lui faut faire une demande de certificat de nationalité. Elle qui est née en France, de parents français. Qui a toujours eu une carte d« identité française. Et pour qui un passeport a toujours été une formalité.
“ On m'a dit que, selon les nouvelles lois, toute personne née en France de parents français, mais nés à l'étranger, doit prouver sa nationalité. ”
Selon de mystérieuses nouvelles lois, elle n'avait jamais été “ bien française ”. Puisque son père est né sur l'île Maurice, et que sa mère n'est devenue Française que par mariage.
“ Je signale alors que mon mari, lui, est Français. On me répond que mon mariage est trop récent (1987) pour que j'aie pu être Française en me mariant. Et on me demande si tout le monde est ‘ bien Français ’ du côté de mon mari. ”
Quand elle demande si les services municipaux peuvent au moins enregistrer sa demande, on lui rétorque que, “ de toute façon, la demande passera avec une alerte car il y a un doute sur votre nationalité française ”. Doute, alerte. Doute. Alerte. Malaise.
…aux questions de formalités
On lui indique alors qu'elle doit prendre rendez-vous au tout récent Pôle de la nationalité française, nouvelle entité qui regroupe l'ensemble des services de la nationalité depuis le décret n° 2009-561 du 19 mai 2009.
Atterrée, elle se résout à s'y rendre. Car il faut y aller pour se voir remettre… une liste de documents à fournir avant de revenir. Une liste dingue, qui remonte sur deux générations, et qui en plus “ n'est pas limitative ”.
Après Ionesco, Kafka.
Une romancière qui a travaillé sur la rafle du Vel d'Hiv
On demande à Tatiana de Rosnay de prouver qu'elle n'est pas étrangère. Inique. On demande cela à quelqu'un dont le plus gros succès est “ Elle s'appelait Sarah ”. Un très beau roman qui évoque la rafle du Vel d'Hiv et l'étoile jaune. Et ces Français non-juifs qui ont caché des Juifs, et durent pour échapper à la mort, prouver qu'ils ne l'étaient pas. Ironique. Inique.
Le ministère de la Justice s'appuie sur l'article 30 du Code Civil :
“ La charge de la preuve en matière de nationalité française incombe à celui dont la nationalité est en cause. ”
Mais voilà, cet article est immédiatement contredit par son alinéa 2 :
“ Néanmoins, lorsque la nationalité française ne peut avoir sa source que dans la filiation, elle est tenue pour établie, sauf la preuve contraire si l'intéressé et celui de ses père et mère qui a été susceptible de la lui transmettre ont joui d'une façon constante de la possession d'état de Français. ”
Zone floue.
La spirale
Dans les faits, l'administration est dans son droit : longtemps, montrer ses papiers français suffisait à prouver qu'on avait la nationalité, et le renouvellement d'un passeport était facile. Mais, depuis les lois Pasqua et la carte d'identité informatisée, l'administration a donné de sérieux tours de vis.
Les situations observées récemment sont “ dans la logique de la politique actuelle ”, témoigne Lilia Mhissen, avocate spécialiste du droit des étrangers, “ cela revient à faire du ménage ”. “ Le problème, poursuit-elle, c'est qu'en France la loi n'est pas rétroactive. Même si de nouveaux textes sont en vigueur depuis 1993. ”
On n'avait jamais demandé à Tatiana de Rosnay le moindre certificat de nationalité. Elle aurait pu avoir à fournir un certificat lors de sa première demande post-lois Pasqua. Or, en 1996, lorsqu'elle a fait renouveler son passeport, on ne lui a rien demandé. Aujourd'hui, si.
“ Quand on te demande ainsi de prouver ton identité, c'est de toute ta vie qu'on te rend comptable ”, conclue-t-elle. Certes, ses enfants sont à l'abri. Certes, elle sait très bien qu'elle rentrera dans ses droits.
“ Mais ça va mettre deux mois, et je ne peux pas aller aux Etats-Unis. Et je ne suis pas le seul auteur concerné par ces nouvelles lois. Et mon cas est très banal ! ”
Au fait : le dernier roman en date de Tatiana de Rosnay, “ Boomerang ” (Ed. Héloïse d'Ormesson), est une histoire de passé qui revient en pleine tronche. Si, si.
14 octobre 2009
T'ar ta Gueule Chantal !
Voilà comment pourrait s'intituler l'odieuse campagne de pub qui fait la promo du cantal, et tout sponsorisé par mes impôts et les vôtres :
Chantal, blonde et gourde (vous la verriez faire de l'escalade, cette nulle ! ) oublie le cantal.
Son compagnon la laisse en plan avec ses bagages en rase campagne, lui dit non à la mairie, et la laisse tomber dans le vide lors d'une escalade.
A quand un cimetière : "elle a oublié le cantal, ça lui a été fatal ?"
Mais ne vous en faites pas, c'est du second degré !
Vont bien nous faire un spot avec un enfant prostitué dans un bidonville pour nous vendre un savon ou une crème contre les hémorroïdes.
13 octobre 2009
Rions un peu... quoi que
Frédéric Mitterand : le Mister Bean du gouvernement
envoyé par franceinter. - Plus de vidéos fun.
11 octobre 2009
Le dégoût
Déjà, entendre parler d’une « affaire de mœurs » concernant le viol d’une enfant de 13 ans, préalablement alcoolisée et droguée m’avait consternée.
Entendre ensuite un sinistre ministre prétendre que l’arrestation de ce violeur était « épouvantable », parlant d’une « histoire ancienne qui n'a pas vraiment de sens » m’avait fait ressentir les premières nausées.
Quand les écrits de 2005 du sus cité ministre lui ont explosé au museau, j’ai compris pourquoi il avait soutenu Oreilles sales : la solidarité des « artistes » pas forcément au clair avec leurs anciens écrits.
Quand le sinistre s’explique (fort mal) au journal de 20 h en se disant blessé, meurtri, il en remet une couche : à croire que les violeurs et les consommateurs de prostitution sont victimes de leurs pulsions irrépressibles.
Et la cerise sur le gâteau, il s’est servi de sa position à la Villa Médicis pour soutenir deux participants à un viol collectif.
Ben voyons !
J’en ai mare d’entendre que ce sont les violeurs, les victimes,
mare d’entendre justifiée la prostitution par les pulsions des hormones mâles,
mare de voir que ce sont toujours les faibles qui trinquent alors qu’ils devraient être protégés,
mare d’entendre les leçons de morale d’un gouvernement qui condamne publiquement le tourisme sexuel, et soutien bec et ongle un consommateur,
mare d’avoir en fond sonore la conclusion d’une fable de La Fontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »
Et quand hier, je suis allée embrasser mes enfants, qui dormaient profondément, inconscients de toutes ces horreurs, qui croient encore aux princesses, aux princes et aux dragons, je n’ai pu m’empêcher de me dire que ce monde d’adulte n’était vraiment pas chouette.
09 octobre 2009
Ecoeurement.
C'est ce que m'inspirent ce matin les explications plus que foireuses du ministre de la culture...
http://www.agoravox.tvwww.agoravox.tv/article.php3?id_article=23861
Cela dit, dans l'art de tourner autour du pot, de ne pas répondre aux questions et de passer pour une victime, il faut reconnaître qu'il est vraiment doué.
Bref, s'il a hésité à se lancer dans le monde de la politique, il n'aurait pas du : il y a sa place.
Autant les questions de Laurence Ferrari étaient claires et directes, autant les réponses de Frédéric Mitterrand étaient vaseuses, détournéees et pitoyables.
Son soutien à Orelsan, celui à Roman Polanski, et son attitude actuelle montrent à quel point le respect de l'intégrité du corps de l'autre est peu important, surtout quand il s'agit des plus faibles.
08 octobre 2009
Plume de presse
Plume de presse a besoin de nous, c'est véritablement de la liberté d'expression dont il s'agit :
http://www.plumedepresse.com/spip.php?article1239
07 octobre 2009
Soutien à José Chidlovsky
Source : http://philosophes-en-garde-a-vue.blogspot.com/2009/10/soutien-jose-chidlovsky.html
Jose Chidlovsky
Peut-on encore aujourd’hui réaliser un documentaire sur des personnes privées de papiers ? Pour s’être immergé dans le sujet, le réalisateur José Chidlovsky (#) risque aujourd’hui d’être inculpé :
La société Zadig (°) , avec le soutien du Conseil Régional de Midi-Pyrénées, s’est investie dans la production de Journal de Sans Papiers, documentaire auquel travaillent depuis plusieurs mois les réalisateurs Rabeha El Bouhati et José Chidlovsky. Tourné dans les régions parisienne et toulousaine, ce film traite des conditions de vie de personnes privées de papiers, en témoignant de leur quotidien, de leurs peurs et de leurs espoirs par le biais de caméras qui leur ont été confiées.
L’un des protagonistes principaux de ce documentaire est une jeune femme d’origine algérienne : S.F. ; à l’anniversaire de ses 18 ans, elle a déposé en avril dernier une demande de titre de séjour en préfecture de Haute-Garonne. Elle a déclaré à cette occasion être hébergée au domicile de José Chidlovsky. Alors qu’elle attendait ardemment son passage à l’âge adulte comme une promesse d’émancipation, elle redoutait aussi, la date approchant, de devenir une “sans papiers” en âge d’être expulsée. C’est dans une crise de désespoir que les réalisateurs l’ont sauvée in extremis d’une tentative de suicide alors qu’elle enjambait la balustrade d’un balcon situé au 11è étage de sa tour.
Depuis ce jour, S.F. a vécu effectivement chez le réalisateur. À son dossier, étaient joints de nombreux témoignages attestant de sa parfaite intégration à la société française et de son profond désir d’émancipation. Une attestation de Zadig certifiait par ailleurs l’implication sincère et talentueuse de S.F. dans ce projet documentaire.
Quelques semaines après avoir déposé cette demande, S.F. recevait de la Préfecture une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF), exécutoire dans un délai d’un mois. Depuis, la jeune femme vit dans la peur et la clandestinité.
Courant août, deux policiers en civil de la Police Aux Frontières (PAF) se sont présentés au domicile toulousain de José Chidlovsky, afin de procéder à son interpellation, ainsi qu’à celle de S.F. N’ayant pas de réquisition, le réalisateur a refusé de leur ouvrir et ceux-ci sont repartis en lui signifiant oralement l’objet de leur visite, le menaçant de revenir l’embarquer prochainement, menottes au poignets.
Début septembre, José Chidlovsky apprend officiellement que la PAF souhaite l’interroger sur « les conditions de séjour en France de mademoiselle S.F. » Ayant confirmé la présence de S.F. à son domicile, il apprend faire l’objet d’une procédure judiciaire en qualité d’« aidant ».
Convoqué lundi 5 octobre, José Chidlovsky a été entendu pendant 2h30 à la PAF de Toulouse-Blagnac. L’infraction à été reconnue et le dossier transmis au Procureur de la République qui doit maintenant décider de son éventuelle inculpation. Si José Chidlovsky est inculpé, il encourt 5 ans de prison et 30 000 € d’amende, aux termes du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) Selon Monsieur Besson, seuls les réseaux de passeurs étaient visés par l’Article L 622-1 du Ceseda punissant “toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenter de facilité l’entrée, la circulation ou le séjour irréguliers d’un étranger en France.” Nous ne mettons pas en doute la bonne foi du ministre mais, si tel est le cas, pourquoi le réalisateur José Chidlovsky risque t-il une inculpation alors qu’il ne fait « que » tourner un documentaire ?
La réalisation d’un tel projet suppose une qualité de relation, un don de soi et une confiance réciproque, qui ne sauraient s’évaporer au seuil d’un domicile. Rabeha El Bouhati et José Chidlovsky auraient-ils dû laisser S.F. sombrer dans le désespoir, au propre comme au figuré ? Auraient-ils dû renoncer à leur responsabilité personnelle et professionnelle, en l’abandonnant à son sort ? Zadig production considère que non, que l’exercice de l’activité de documentariste se trouve mise en danger par cette procédure judiciaire engagée à l’encontre d’un réalisateur. Un film documentaire est en quelque sorte un lieu de rencontre et d’échanges entre son réalisateur et ses personnages, un lieu respectueux de l’autre, un lieu d’hospitalité réciproque, bref tout à la fois un lieu commun, singulier et pluriel, à l’image de la communauté humaine.
L’ensemble de notre profession est concernée par cette atteinte à la pratique d’un genre qui, à notre sens, se fourvoie lorsqu’il se passe d’humanité. Mais, au-delà, nous voyons planer dans cette procédure inédite entravant le libre exercice de notre activité, la menace de poursuites à venir à l’encontre de la libre parole artistique et journalistique. Aujourd’hui, plus qu’un réalisateur, ce sont les libertés de création et d’expression démocratique, qui semblent suspectes d’activité délictueuse et risquent d’être poursuivies.
Félicie Roblin, Paul Rozenberg, producteurs de Zadig Production (°).
(#) José Chidlovsky a été à l’initiative de la création de la société de production Les films à Lou au début des années 90. Il a produit et participé à la réalisation de l’émission littéraire “Qu’est-ce qu’elle dit Zazie ?”. Depuis la disparition des Films à Lou, victime du syndrome du Quichotte, il se consacre depuis exclusivement à la réalisation de documentaires.
(°) Zadig Productions a été désigné « meilleur producteur »de l’année par le jury du prix de la Procirep.

